De la traversée psychique au travail de mémoire, de deuil et de reconstruction identitaire dans L’Aîné des orphelins de Tierno Monénembo

Dr MADJINDAYE YAMBAÏDJE
Groupe d’Études et de Recherches en
Littératures Africaines et Comparées
Université de N’Djaména (Tchad).
madji_genial@yahoo.fr

RESUME :
L’immense projet, qu’a formulé Tierno Monénembo, a consisté à dire l’indicible et à nommer l’innommable par un processus de déréalisation et de reconstitution des faits historiques. Le romancier guinéen est, en effet, parti du postulat selon lequel, face à l’insoutenable tragédie humaine, à l’image des dictatures, des mutineries, des attentats terroristes, bref des crimes contre l’humanité, la littérature se doit de témoigner, d’assumer une fonction ontologique et holistique. L’exemple du génocide rwandais, qui a mobilisé nombre d’auteurs, est probant. Pour ce faire, la présente réflexion vise, non seulement à revisiter cette époque sombre de l’histoire du Rwanda, mais bien plus à apprécier comment les textes littéraires ont permis d’interroger les douloureux événements. Pour y parvenir, tout en nous appuyant sur L’Aîné des orphelins (2000) de Tierno Monénembo, nous avons adopté une méthodologie plurielle. Il s’agit d’une méthode syncrétique qui convoque abondamment la grille psychanalytique d’obédience freudienne associée à la critique thématique de Jean-Pierre Richard. Ainsi conduite, notre réflexion aboutit finalement au résultat global selon lequel le travail de mémoire permet de procéder à l’analyse et à la reconstitution des faits en vue de rafistoler la mémoire brouillée, celui du deuil permet aux victimes du génocide, en majorité traumatisées par l’angoisse de la mort, de se recueillir, de se défaire du malheur et se dépêtrer du faix du deuil, et enfin celui de la reconstitution identitaire facilite le renouvellement ou la renaissance des rescapés du génocide.
Mots-clés : Rwanda, génocide, traversée psychique, mémoire, deuil, reconstruction identitaire.
ABSTRACT :
The huge project launched by Tierno Monénembo, was to say the unspeakable and to name the unnameable through a process of de-realization and reconstruction of historical facts. The Guinean novelist has, in fact started from the initial premise, in view of the untenable human tragedy, in view of dictatorships, riots, terrorist attacks, in short crimes against humanity, literature should testify, perform a holistic and ontological function. The example of the Rwandan genocide, which involved many authors is conclusive. To this end, this reflection aims not only at revisiting that dark time in the history of Rwanda, but rather to assess how literary texts were used to examine the painful events. To achieve this, while relying on L’Aîné des orphelins (2000) of Tierno Monenembo, we adopted a pluralistic methodology. This is a syncretic method which heavily calls on the Freudian psychoanalytic obedience framework associated with the thematic criticism of Jean-Pierre Richard. Conducted in this way, our reflection finally led to the overall conclusion that memory work allows for the analysis and reconstruction of facts to patch up the blurred memory, that of mourning allows victims of genocide, mostly traumatized by fear of death, to mourn, to get rid of misfortune and wrest from the burden of grief, and finally that of the reconstruction of identity facilitates the renewal or the rebirth of genocide survivors.
Keywords: Rwanda, genocide, psychic crossing, memory, mourning, reconstruction of identity.

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