Série 5 : améliorer son expression, éviter africanisme, barbarisme et pléonasme

Apprentissage par exercices pratiques

On appelle ‘’barbarisme’’ un mot grossièrement déformé ou forgé. Exemple : soustractionner au lieu de soustraire. Le barbarisme est donc une faute grossière, l’emploi d’un mot inexistant ou déformé.
Le pléonasme est une faute de style qui consiste en une répétition de mots de même sens dans une même phrase, tandis que le solécisme est une faute de syntaxe.
L’africanisme désigne les particularités lexicales et syntaxiques du français parlé en Afrique ; il est généralement perçu comme un écart au français standard.
Dans le petit inventaire qui suit, c’est le ‘’français parlé en Centrafrique’’ qui est stigmatisé.

Ambianceur : n.m. Homme qui aime faire les fêtes et fréquente assidûment les bars et les lieux de plaisir ; noceur, viveur, fêtard.

Anti-zaraguina : n. m. Homme (éleveur peul surtout) doté d’un pouvoir magique lui permettant de localiser les zaraguina (coupeurs de route) et de les combattre violemment à l’aide de flèches magiques.

Ardo : (du peul étymologiquement, « celui qui est devant ») n. m. Chef éleveur peul exerçant son autorité sur les éleveurs mbororo.

Billetaire, Billeteur : n. m. Fonctionnaire désigné par ses pairs ou nommé par arrêté ministériel pour percevoir en numéraire au trésor public et redistribuer (moyennant légère rétribution) le salaire de ses collègues qui ne disposent pas d’un compte bancaire ou postal.

Malgré que : « Malgré que je sois dans une totale ignorance… », il s’agit d’une erreur de français mais acceptée. On dit : « Malgré sa maladie, il s’est présenté à l’examen. »

Voire même : il y a un élément de trop, il faudra choisir entre voire et même, sauf si l’on recherche un effet emphatique, pompeux ou grandiloquent.

« J’ai deux alternatives » : Attention, cela signifie que vous avez deux fois une alternative, c’est-à-dire deux choix différents à faire. Une alternative induit inévitablement l’existence de deux possibilités donc d’un choix. Cette erreur de français est fréquente mais difficilement acceptable.

Parfois, le pléonasme peut être un effet de style. La deuxième partie de la phrase étant à priori inutile, le maître rhétorique souhaite pourtant accentuer sa formule, la renforcer : « Je l’ai vu de mes propres yeux, vu ce qu’on appelle vu ».

Le pléonasme fautif est une bêtise, une sottise :
– « Monter en haut, descendre en bas » : grossiers pléonasmes.
– « Au jour d’aujourd’hui » : c’est un exemple de pléonasme dans toute son horreur. Le mot jour est inclus dans aujourd’hui, ce qui ne laisse aucun doute sur son sens. Ex : Aujourd’hui (à ce jour) nous ne sommes pas en mesure de décider de votre nouvelle affectation. »

Et puis ensuite : dites seulement puis ou ensuite.

S’entraider mutuellement : S’aider mutuellement est une excellente initiative ; cela revient à dire s’aider l’un l’autre. Pour s’aider mutuellement, il faut être au moins deux, il s’agit donc d’une entraide.

Cette exception est un cas particulier : Un cas est toujours particulier sans quoi il ne serait plus un cas. De plus s’il s’agit d’une exception, elle est intrinsèquement un cas. On parlera donc d’une situation particulière ou d’un cas sans autre qualificatif.

Deux heures de temps : « il a travaillé pendant deux heures de temps ». En revanche, on dit sans erreur : « il a donné deux heures de son précieux temps pour aider cette association. » La notion est importante : il s’agit de deux heures mais de son temps à lui et non pas de temps en général.

Discorde, la pomme de discorde : « Elle a semé la discorde dans la famille. » La discorde n’est ni plus ni moins que la querelle, la mésentente, le désordre. La pomme de discorde est l’élément instigateur, initiateur de la querelle, qu’il soit un homme (le semeur de la zizanie), un sujet ou une situation.

Faire grief : « Il lui a fait grief de son attitude. » Faire grief de quelque chose à quelqu’un, reprocher quelque chose à quelqu’un et lui en tenir rigueur. Il ne s’agit pas seulement de faire des reproches à l’intéressé mais aussi de lui en vouloir, de montrer à son égard rancune ou rancœur.

« Il n’y a pas lieu de s’interroger plus avant sur ce sujet » : le sujet est clos et l’on sait tout ce que l’on doit savoir.

S’inscrire en faux : « Je m’inscris en faux ». Cette expression est en effet galvaudée à tous mouvements. Attention, il ne faut s’inscrire en faux que lorsque la situation l’impose. On rencontre les deux formulations : « Je m’inscris en faux », ce qui est un acte de dénégation, de replis et « Je m’inscris en faux contre cette idée reçue ».

Partial et impartial, injuste et juste : Impartial veut dire juste et partial signifie injuste. Ex. « Je vais essayer de donner un avis impartial… » ; « Il est partial dans ses jugements ».

Pallier : C’est un verbe transitif direct : on pallie quelque chose, un manque, une absence. Pallier est parfois (souvent) employé comme un verbe transitif indirect : pallier à quelque chose. Cette forme est très critiquée des puristes. « Elle pallie son inexpérience par une grande disponibilité »

Suppléer (à) : Les deux formes suppléer et suppléer à sont justes. Suppléer est alors soit un verbe transitif direct soit un verbe transitif indirect. Verbe transitif, suppléer est synonyme de remplacer, compléter ; ex. : « Lorsque ma mère est absente, ma sœur la supplée », c’est-à-dire qu’elle la remplace, qu’elle prend sa place. Suppléer à est un verbe transitif indirect qui signifie remédier à un manque, combler un manque ; ex. : La présence de ma sœur supplée à l’absence de ma mère.

Fonder / baser :
• V.tr. fonder est synonyme de créer, établir solidement (sens propre), faire reposer sur (sens figuré). Fonder quelque chose sur quelque chose. Ex : « fonder son opinion sur ce que l’on vient d’apprendre », « fonder son autorité sur quelque chose ».
• V. Pronominal, se fonder est synonyme de s’appuyer, se reposer sur. Ex : Il se fonde sur une étude scientifique poussée pour établir son diagnostic.
• Etre fondé à (être autorisé à)… Ex : « Cette personne est fondée à réclamer son legs » i.e elle est en droit de le faire.
• Attention : « se baser » a une connotation vulgaire : on « base un enfant sur un pot » ; un adulte « se base » sur la cuvette des toilettes. Au lieu de « je me base sur cette idée… » dites plutôt « je me fonde sur … ».

D’ailleurs, par ailleurs : D’ailleurs signifie « de plus » ; par ailleurs a pour synonyme d’autre part, d’un autre côté. Par ailleurs est utilisé lorsqu’il y a deux sujets d’intérêt.
Ex : « Il ne peut d’ailleurs pas venir déjeuner demain car sa voiture est en panne ». Il n’y a qu’une seule raison motivant son absence demain.
Ex : « Il ne souhaite pas venir déjeuner avec les enfants demain et par ailleurs il n’a pas de voiture. » Il existe ici deux raisons qui l’empêchent de venir déjeuner.

Calendes grecques : Renvoyer aux calendes grecques signifie « reporter à une date ultérieure ». Ce report à toutes les chances de ne jamais se produire eu égard au fait que les calendes n’existaient pas chez les Grecs. Les calendes étaient le 1er jour de chaque mois chez les Romains. Les Grecs n’ayant jamais eu de calendes, il est donc erroné et impossible d’y renvoyer quoi que ce soit.

Par contre : Bien que peu appréciée et très critiquée des puristes, cette locution est aujourd’hui tolérée. « En revanche » et « à l’inverse » lui sont cependant nettement préférables :
– Pierre est à l’école. Par contre sa sœur a la grippe, elle est restée à la maison.
– Pierre est à l’école. En revanche sa sœur malade, est restée à la maison.
– A l’inverse de sa sœur malade, Pierre est à l’école.
Les deux dernières phrases sont plus légères et plus agréables à l’oreille. Elles sont aussi nettement plus correctes.