Série 4 : savoir utiliser le vocabulaire à bon escient

Apprentissage par exercices pratiques

1. Antonymes :

On appelle ‘’antonymes’’ deux mots ayant des sens contraires. Un mot ayant plusieurs sens peut avoir plusieurs antonymes suivant le contexte de la phrase. Ex. départ ≠ arrivée ; chaud ≠ froid ; joie ≠ peine ; jour ≠ nuit ; monter (≠ démonter un meuble ; ≠ descendre une pente).

Certains antonymes se forment à l’aide des préfixes comme : a, anti, dé, des, dis, il, im, in, ir, mal, mé, mes … Exemples : normal ≠ anormal ; biotique ≠ antibiotique ; croître ≠ décroître ; agréable ≠ désagréable ; grâce ≠ disgrâce ; logique ≠ illogique ; mobile ≠ immobile ; connu ≠ inconnu ; régulier ≠ irrégulier : chance ≠ malchance ; content ≠ mécontent ; entente ≠ mésentente …

Il existe également des couples de préfixes et suffixes de sens contraires :

• en- / dé- (embarquer, débarquer)
• hyper- / hypo (hypertension, hypotension)
• in- / ex- (inhaler, exhaler ou immigrer, émigrer)
• intro- / extra- (introverti, extraverti)
• micro- / macro (microscope, macroéconomie)
• mono- / poly (monogamie, polygamie)
• sous- / sur- (sous-estimer, surestimer)

2. Archaïsme

On appelle ‘’archaïsme’’ un mot, une expression ou une tournure employée alors qu’elle n’est plus en usage, ou dans un sens qu’elle a perdu. Exemple : envisager quelqu’un au sens de regarder quelqu’un au visage est un archaïsme ; on dit aujourd’hui dévisager.

On trouve dans le français parlé en Afrique des résistances langagières (mentales ?) à utiliser les mots ou tournures archaïques comme du français soutenu. Le style et les mots archaïsants sont encore vivaces dans la pratique judiciaire.
Exemples : « faille-t-il reporter la réunion ? » ;
« La demanderesse fut ci-devant mariée au sieur Kossi. »
« Le ministre a couru au trépas »
Le pasteur est passé de la vie au trépas pendant la nuit.

3. L’atténuation, l’euphémisme

En certaines circonstances, le respect, la courtoisie et la politesse exigent qu’on réduise la vigueur de ses paroles, qu’on atténue l’expression de sa pensée. Ce n’est pas forcément hypocrisie ou trahison ; en dire moins ou le dire avec tact est souvent plus efficace qu’un énoncé verbeux, qu’un excès de termes intensifs ou superlatifs, qu’une brutalité gratuite, toutes façons qui risquent de discréditer votre expression.

Le choix du vocabulaire permet l’atténuation. C’est ainsi que l’on évite les termes malséants ou blessants. Des expressions figurées ou conventionnelles sont utiles à cet effet.
Par exemple, on demande où trouver les toilettes. On ne parle pas d’un échec, mais de difficultés ou de malchance. Les Anciens appelaient euphémisme une manière d’adoucir l’expression (Ils ont vécu = Ils sont morts), et litote le procédé qui consiste à dire le moins pour le plus, souvent grâce au mot contraire accompagné d’une négation : « Je ne déteste pas le chocolat glacé » = j’en raffole.

Un adverbe sait modérer un adjectif ou un verbe : « Ce n’est pas tout à fait exact » = ce n’est pas exact ; « Il ne réfléchit pas assez » = il ne réfléchit pas.

Le conditionnel, parce qu’il présente les choses sous forme d’hypothèse, prend, avec plus d’égard, la place d’une injonction (impératif) ou d’un indicatif trop sec : « Sortez. Je vous demande de sortir. Je vous demanderais de sortir. »

La forme interrogative, parce qu’elle paraît laisser l’initiative à l’interlocuteur, produit un effet du même genre : « Pouvez-vous me communiquer le dossier de la société Toutube ? »

L’emploi du passif offre l’avantage de ne pas avoir à nommer forcément l’auteur, le responsable de l’action : « Une erreur a été commise » = Vous avez fait une erreur.

Des tours impersonnels, comme il semble, il paraît, il est possible, il est à craindre que, il est préférable, etc. – parfois insérés dans la phrase sous forme de locutions incises – atténuent également une remarque ou un ordre :
« Il est préférable de renoncer à ce projet » = renoncez à votre projet.
« Il y a, semble-t-il, une erreur » = vous avez fait une erreur.

On peut aussi émousser le caractère tranchant d’un jugement en l’accompagnant d’une restriction ou d’une opposition : « Bien que votre projet soit séduisant, il comporte cependant une erreur. »

Enfin, n’oublions pas que les tournures polies ‘’font passer’’ les vérités les moins agréables à dire : « Me permettez-vous, mon vieux, une remarque indispensable ? ». Sachons user du geste, du regard, de l’intonation et … du sourire, pour épargner aux autres les blessures d’amour propre, notamment au cours d’un débat.

4. Connotation et dénotation

Dénoter veut dire « signifier, désigner ». Tous les mots ont une dénotation, c’est-à-dire un sens qui renvoie à ce que le mot désigne dans la réalité. La dénotation d’un mot est précise et permanente. Elle est donnée par le dictionnaire.
Exemple : Une robe rouge = qui est de la couleur d’une crête de coq, d’un coquelicot, du rubis ou du sang.

Connoter signifie quant à lui, renvoyer à une seconde idée différente de l’idée première. Par exemple, le mot « bagnole » signifie « voiture », le concept de voiture est son dénoté. Mais ce que ce terme connote, c’est l’argot, la familiarité. Cette distinction peut être opérée pour tout ce qui fait signe (un tableau, une publicité, un récit, etc.). Ainsi, au message explicite d’un slogan publicitaire (à sa dénotation), se superposent d’autres stimulations implicites et plus ou moins conscientes (ses connotations). Le signe, par ses connotations, s’ouvre à la métaphore et à l’image poétique.

5. Champs lexicaux (ou sémantiques)

On appelle ‘’champ lexical’’ un ensemble de mots ou d’expressions (au moins trois) appartenant au même domaine, à la même notion, au même sentiment. Ils sont regroupés sous un titre que l’on appelle ‘’terme générique’’. Repérer un champ lexical permet de repérer des thèmes et de dégager des caractéristiques dominantes.
Exemples : Bateau==> navire, vaisseau, plaisance, voile, ferry…
Siège==> fauteuil, chaise, tabouret, banc, etc.

6. Paronymes

Ne confondez pas…

  • Repartir (partir de nouveau) fait à l’indicatif présent : je repars ce soir…
  • épartir (distribuer) fait à l’indicatif présent : je répartis cette somme…
  • Quoique (en un seul mot) signifie bien que (Ex. Quoique vous soyez instruit, restez modeste.
  • Quoi que (composé de 2 pronoms) signifie : quelle que soit la chose que… (Ex. Quoi que vous disiez, vous ne le convaincrez point.
  • Quand (conjonction) = lorsque, à quelle époque simultanée
  • Quant (à) = relativement à, en ce qui concerne
  • Prêt (à) = disposé (à) ; s’emploie pour celui qui a fait ses préparatifs.
  • Près de = sur le point de, proche de, à proximité de.
  • Parce que (locution conjonctive) = attendu que, vu que (Ex. Obéissez aux anciens parce qu’ils ont plus d’expérience que vous.)
  • Par ce que = par la chose (fait) que (Ex. Jugez les hommes par ce qu’ils font et non par ce qu’ils disent.
  • Plus tôt contraire de plus tard.
  • Plutôt (en un mot, adverbe), induit une préférence.
  • Carier = détruire par la carie (figuré : détruire progressivement).
  • Carrier = celui qui exploite une carrière.
  • Censé = regardé comme, réputé.
  • Sensé = qui a du bon sens, du jugement.

Autres exemples : infection & affection ; éruption & irruption ; percepteur & précepteur ; effraction & infraction ; éminent & imminent ; compréhensible & compréhensif ; éluder & élucider ; contacter & contracter ; caution & quotient, disputer & discuter ; conjecture & conjoncture ; allusion & illusion ; comparaison & comparution ; comparer & comparaître…

7. Polysémie

On dit d’un mot qu’il est polysémique quand il a plusieurs sens. Les mots polysémiques sont très nombreux. En revanche, les mots qui n’ont qu’un seul sens sont appelés monosémiques ; ils sont assez rares ; ce sont surtout les noms propres et les mots savants.
Exemples : Macrophage (monosémique) désigne le globule blanc qui détruit des
éléments de grande taille étrangers à l’organisme.
Tête (polysémique) désigne :

  • la partie supérieure du corps humain : Il l’examina de la tête aux pieds.
  • le visage, l’expression : Tu fais une drôle de tête.
  • l’esprit : J’ai perdu la tête.
  • le début de quelque chose : En tête du cortège ; en tête de la phrase.
  • C’est le contexte qui dit dans quel sens il faut prendre le mot. C’est pourquoi il faut s’assurer, lorsqu’on écrit, que le contexte est suffisamment net pour que le sens du mot apparaisse clairement.

    8. Sens propre et sens figuré :

    Comparons les phrases suivantes en étudiant les mots soulignés :

  • Le cœur, ce muscle creux situé au milieu du thorax, est l’organe moteur de la circulation du sang chez l’homme.
  • La république centrafricaine est située au cœur de l’Afrique.
  • La mort de son enfant lui a brisé le cœur.
  • Dans la première phrase, le mot cœur est employé au sens propre ; le fait de désigner cet organe anatomique constitue sa signification première. Par comparaison implicite, ‘’cœur’’ peut désigner le centre de quelque chose ; ce n’est plus son sens propre ; c’est un sens figuré. De même il peut symboliser les sentiments humains ; là encore, c’est un sens figuré.

    9. Synonymes :

    Les synonymes sont des mots identiques ou voisins par le sens et différents par la forme. Les synonymes présentent souvent des nuances du point de vue du sens. Exemple : « manger » a pour synonymes « se nourrir », « dévorer », « grignoter », etc. « Se nourrir » est son synonyme le plus neutre, le plus proche, mais « dévorer » et « grignoter » apportent des nuances :

    • « dévorer » signifiant « manger avec avidité »,
    • « grignoter » signifiant « manger par petites quantités ».
    • Les synonymes peuvent appartenir à des niveaux de langue différents ; dans ce cas, ils ne sont pas interchangeables : « discuter » a pour synonymes « papoter » ou « jacasser » qui sont des verbes de registre familier que l’on n’emploie pas avec n’importe qui.

      Les synonymes appartiennent toujours à la même classe grammaticale. Par exemple, un nom commun aura toujours pour synonyme un autre nom commun, tout comme un adjectif aura toujours pour synonyme un autre adjectif. Témoignant de la richesse de la langue française, l’usage du synonyme permet de ne pas se répéter ou d’enrichir son vocabulaire.