L’esthétique de la brièveté chez Baudelaire et Edgard Poe : entre le martyr et le martyrologe

Bellarmin Etienne ILOKI
Université Marien Ngouabi
Centre Congolais de Recherche en Littérature Française (CRLF).
bellarmin.iloki@umng.cg

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Submitted: 2020-04-24 valued: 2020-05-29 validated: 2020-06-11
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RESUME

Dès l’Antiquité, la brevitas est au cœur d’un débat entre clarté et obscurité. Pour certains, le bref est le plaisir de découvrir en un corps si petit, une âme si grande. Il semble qu’il y a la séduction irrésistible qu’exerce le petit, le minuscule, le plaisir du microcosme, celui de trouver un monde dans une « coquille de noix ». Pour d’autres, en revanche, le bref évoque la stimulation du lecteur par le sentiment de l’incomplétude, et témoigne de l’incapacité à écrire dans un genre ample et continu, la faiblesse de l’écrivain qui se réfugie dans la facilité ou la pauvreté d’une pensée qui ne peut s’étoffer. Or Baudelaire et Edgard Poe sont particulièrement portés sur le discontinu, la bigarrure, le marginal, le presque rien, ces jets de l’émotion, ces télégrammes de l’âme, ces esquisses de rêve. Au regard de l’histoire littéraire, Isabelle Meunier et Émile Daurand Forgues ont eu le mérite d’attirer sur Poe l’attention de Baudelaire. Les traductions de celui-ci ont rencontré un succès évident, qui a largement dépassé les limites des milieux littéraires. Et tout le monde s’accorde à voir en l’auteur des Fleurs du mal l’intermédiaire essentiel, majeur, entre l’écrivain américain et, non seulement la France, mais aussi toute l’Europe continentale. On voit bien de quoi Poe est redevable à Baudelaire. Mais la critique est-elle en droit de voir en celui-ci le maître, et en celui-là le disciple? Le présent article s’attache à nuancer ces affirmations, et à montrer les différences radicales qui séparent l’œuvre de Baudelaire de celle de Poe.

Mots clés :
Baudelaire, Poe, esthétique, brièveté, influence, inspiration

ABSTRACT:

As of Antiquity, the brevitas is in the heart of a debate between clearness and darkness. For some, the brief is the pleasure of discovering in a so small body, a so large heart. It seems that there is the irresistible seduction which the small one exerts, the tiny one, the pleasure of microcosm, that to find a world in a « nut shell». For others, on the other hand, the brief evokes the stimulation of the reader by the feeling of the incompletude, and testifies to the incapacity to write in a full and continuous kind, the weakness of the writer who takes refuge in the facility or the poverty of a thought which cannot be packed. However Baudelaire and Edgar Poe are particularly related to the discontinuous one, the mixture, the marginal one, almost nothing, these jets of the emotion, these telegrams of the heart, and these drafts of dream. In comparison with the literary history, Isabelle Miller and Emile Daurand Forgues had the merit to draw to Poe the attention of Baudelaire. The translations of this one met an obvious success, which largely exceeded the limits of the literary circles. And everyone agrees to see in the author of the Flowers of the evil the intermediary essential, major, between the American writer and, not only France, but also all continental Europe. One sees well what Poe is indebted in Baudelaire. But criticism is it in right to see in this one the Master, and that one the disciple? This article attempts to moderate these assertions, and to show the radical differences which separate work from Baudelaire of that of Poe.

Keywords :
Baudelaire, Poe, esthetics, brevity, influence, inspiration.

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